Accueil Santé & Bien-être Dr Carmen Ungurean, coordinatrice du programme national de dépistage du cancer du...

Dr Carmen Ungurean, coordinatrice du programme national de dépistage du cancer du col de l’utérus : « Le simple dépistage n’a aucun effet ».

35
0

Le Dr Carmen Ungurean explique pour « Weekend Adevărul ».«  Où en est la Roumanie, un an et demi après le lancement de la stratégie mondiale d’élimination du cancer du col de l’utérus par l’Organisation mondiale de la santé, et pourquoi notre pays se classe toujours au premier rang en Europe en termes de mortalité due à ce type de cancer.

En ce qui concerne la vaccination contre le VPH, le Dr Carmen Ungurean rappelle le départ manqué de la Roumanie il y a 14 ans et affirme que la vaccination contre le VPH est un processus qui est lentement relancé après la précédente tentative d’introduction, mais précise que l’intérêt des parents pour la vaccination des filles contre le VPH augmente.

« Vérité du week-end« Un an et demi s’est écoulé depuis le lancement de la Stratégie mondiale pour l’élimination du cancer du col de l’utérus par l’Organisation mondiale de la santé. Comment l’incidence du cancer du col de l’utérus en Roumanie se compare-t-elle à celle du reste de l’Europe ?

Dr. Carmen Ungurean : Ça n’a pas l’air bon. L’incidence du cancer du col de l’utérus est exceptionnellement élevée en Roumanie, 2,5 fois plus que la moyenne de l’UE. Personnellement, je n’aime pas vraiment cette approche du classement des pays. Si nous nous comparons à d’autres pays, nous devrions alors regarder du côté de la Slovénie, un ancien pays communiste doté d’un système de santé similaire au nôtre, qui a une incidence trois fois inférieure à celle de la Roumanie. La Slovénie a également commencé il y a 15-20 ans avec une incidence comparable à celle des pays africains, et maintenant elle est en dessous de la moyenne de l’UE. Nous devrions regarder la Slovénie et voir comment ils ont fait. Les échanges d’expériences et la reproduction des meilleures pratiques dans le contexte roumain devraient être le résultat de l’intercomparabilité internationale. La Stratégie mondiale pour l’élimination du cancer du col de l’utérus de l’Organisation mondiale de la santé n’est qu’un des outils développés pour aider les pays du monde entier à éliminer le cancer du col de l’utérus en tant que problème de santé publique. Mais il existe de nombreuses autres initiatives antérieures, tant au niveau mondial qu’européen.

Un démarrage raté

– Selon les statistiques internationales, la Roumanie occupe toujours la première place en Europe en termes de mortalité par cancer du col de l’utérus, qui est trois fois supérieure à la moyenne de l’UE. Quelle est l’explication ?

Absence de programmes de vaccination, de dépistage et de détection précoce. La vaccination contre le VPH a raté son départ depuis 2008, et il a été difficile et très lent de surmonter cet échec. Le programme de vaccination contre le VPH n’a repris qu’en 2019, entre-temps la pandémie de COVID-19 s’est produite. Bien que le financement, l’achat de vaccins et, surtout, l’intérêt du public pour le vaccin augmentent, le programme fonctionne toujours selon des paramètres sous-optimaux. Le programme de dépistage, qui désigne le test régulier et systématique des femmes qui ne présentent pas de signes et de symptômes de la maladie, a été mis en place en 2013. Jusqu’alors, la Roumanie n’avait jamais eu de programme de dépistage systématique organisé à l’échelle de la population. Sa mise en œuvre prend des années pour avoir un effet sur la mortalité. La détection précoce qui concerne les cas où les femmes présentent déjà des signes de la maladie est entravée par le fonctionnement fragmenté et non coordonné des services de santé. Par exemple, une femme qui présente des symptômes doit être orientée vers des services spécialisés pour une consultation et/ou un traitement et un suivi. Le traitement des lésions précancéreuses du col de l’utérus est ambulatoire. Les services médicaux spécialisés, fournis dans des cliniques ambulatoires spécialisées, sont très peu accessibles, tant en termes de nombre que d’équipement. Tant le dépistage que la détection précoce sont profondément dépendants de la coordination des services de santé entre les différents niveaux afin que les femmes disposent en temps utile de DeepL de ces services, qui doivent leur être accessibles dans des conditions de qualité et de sécurité. Il ne suffit pas de faire des tests, les tests sans diagnostic, traitement et suivi adéquats ne sont pas efficaces.

– Quelles évolutions avez-vous constatées dans le taux de survie des patientes détectées avec un cancer du col de l’utérus ces dernières années ?

Il s’agit d’une évolution favorable, la survie des patients diagnostiqués avec un cancer du col de l’utérus s’est améliorée, mais cela s’est produit comme une conséquence naturelle des progrès dans le traitement du cancer du col de l’utérus avec de très bons effets. En toute équité, nous ne pouvons pas attribuer cette amélioration de la survie aux programmes de prévention, mais plutôt aux nouvelles avancées en matière de traitement. On constate effectivement une amélioration de la mise en œuvre des programmes de prévention, mais il reste encore beaucoup à faire avant qu’ils ne deviennent accessibles à toutes les femmes de manière égale et équitable et qu’ils commencent à avoir un impact réel sur les taux d’incidence et de mortalité.

Une nouvelle stratégie de test

– Quels programmes sont actuellement mis en œuvre en Roumanie en ce qui concerne le cancer du col de l’utérus, en quoi consistent-ils et quelle est leur période de mise en œuvre ?

Nous disposons du programme national de dépistage du cancer du col de l’utérus, mis en place en 2012. Des projets pilotes dans les régions du Nord-Est, du Centre, du Sud-Muntenia et du Nord-Ouest ont permis d’augmenter les performances du programme. Ici, une nouvelle stratégie de dépistage est mise en œuvre, passant d’un simple test cytologique, le frottis de Papanicolaou, à un dépistage primaire de l’infection par le VPH chez les femmes de plus de 30 ans. Nous mettons en œuvre des critères pour la fourniture et le suivi des services de dépistage et la création de réseaux de services afin de garantir un parcours rapide et prévisible pour les femmes dont le diagnostic et le traitement sont positifs. Nous y parvenons avec l’aide du Fonds social européen, qui finance à la fois l’élaboration du cadre de mise en œuvre de cette stratégie de dépistage et le dépistage effectif de 170 000 femmes par région. Parmi eux, plus de 50 % sont issus de groupes socio-économiques défavorisés qui ont le moins accès à ces services. La période de mise en œuvre de ces projets pilotes s’étend de 2018 à 2023. Dans les quatre autres régions (Bucarest-Ilfov, Sud-Est, Sud-Ouest et Ouest), le programme se poursuit grâce à un financement provenant du budget du ministère de la santé. Elles passeront également progressivement à la stratégie de dépistage du VPH dans un avenir proche, après l’approbation du programme opérationnel de santé qui fournira une partie du financement des tests au cours de l’exercice financier 2021-2027 de la CE.

La confiance, un facteur important

– Qu’avez-vous remarqué concernant l’accès à ces programmes ?

Le résultat le plus important est que les femmes participent aux tests plus le service leur est proche. Naturellement, il existe différents degrés de sensibilisation et une variété d’attitudes et de comportements concernant la prévention du cancer du col de l’utérus. Mais les femmes sont plus intéressées par la prévention. Ils ont juste besoin de savoir où, comment, quand et, évidemment, combien cela coûte. Ils doivent savoir que le programme est gratuit pour toutes les femmes, qu’elles soient assurées ou non dans le système d’assurance maladie sociale. Pour les autres questions, nous essayons d’apporter des réponses au plus grand nombre possible d’entre elles, avec l’aide des projets dont nous avons parlé. Nous voulons que le dépistage soit le plus proche possible de leurs besoins, qu’il soit le moins stressant possible et qu’ils sachent qu’un test positif n’est pas nécessairement synonyme de cancer et que, s’il est détecté à un stade précoce, le cancer peut être soigné et guéri. On constate également un intérêt croissant des parents pour la vaccination de leurs filles contre l’infection par le VPH.

– Qu’est-ce qui influence le plus la décision des femmes de participer à des programmes de prévention ?

La confiance des femmes dans le système de santé et dans les professionnels de la santé est un facteur important. Une autre conclusion est que les programmes de prévention durables, efficaces et ayant un impact sur la santé nécessitent un effort collectif soutenu à tous les niveaux du système de santé, exigent un financement prévisible et continu, une gestion efficace, des services de santé intégrés répondant aux besoins de la population, des professionnels motivés et formés, et évidemment un partenariat solide avec la population.

« Le programme est gratuit pour toutes les femmes, qu’elles soient assurées ou non dans le système d’assurance maladie sociale.« 

« Un test de 20 minutes pour 5 ans de sécurité »

– Qui doit faire l’objet d’un dépistage des lésions cervicales ? À quels intervalles est-il indiqué de l’effectuer et quels indices une telle procédure peut-elle fournir ?

Le dépistage s’adresse aux femmes en bonne santé qui n’ont jamais reçu de diagnostic de cancer du col de l’utérus ni présenté de symptômes de la maladie. La tranche d’âge est de 25 à 64 ans et l’intervalle de dépistage est de cinq ans. Si la femme participe systématiquement au dépistage, cet intervalle peut même être prolongé si les résultats des tests précédents ont été négatifs. Évidemment, si des signes de maladie apparaissent dans l’intervalle entre deux tests, la femme doit consulter son médecin pour une consultation spécialisée. Le cancer du col de l’utérus a une progression naturelle lente. Il faut une infection persistante par le VPH d’environ un an pour qu’il produise une lésion précancéreuse qui se transforme à son tour en cancer invasif dans un délai de 10 ans. Les cas de cancer du col de l’utérus à évolution rapide sont rares. Cette lente progression est un avantage, car elle laisse du temps pour une détection et un traitement précoces. Ce n’est que de cette manière, avec un dépistage régulier et systématique, la fourniture continue de services de santé et une couverture minimale de 50 % des femmes couvertes par le programme, qu’il y aura un impact positif sur l’incidence et la mortalité.

– Le type de test diffère-t-il selon l’âge ?

Les recommandations actuelles, que nous sommes en train d’appliquer en Roumanie, sont que pour les femmes de la tranche d’âge 25-30 ans, le test doit être le test cytologique classique. Le test HPV chez les jeunes femmes n’est pas indiqué, car à cet âge les infections HPV sont fréquentes, mais aussi autolimitatives, 80-90% sont autolimitatives, donc non pertinentes. Après l’âge de 30 ans, les infections à HPV ont tendance à devenir persistantes, et ce sont elles qui provoquent des lésions précancéreuses du col de l’utérus. À ces âges, un test de dépistage de l’infection par le VPH et, en cas d’infection par le VPH, un dépistage cytologique du même échantillon est également effectué pour identifier toute lésion produite par l’infection. Le co-testing, c’est-à-dire le dépistage simultané du VPH et des lésions, n’apporte pas de bénéfices supplémentaires.

Une autre victime de la pandémie

– Comment les tests sont-ils effectués ?

Le dépistage, quelle que soit la méthode d’analyse, se fait par la réalisation d’un frottis cytovaginal. Il s’agit d’une procédure simple, indolore et sans risque, réalisée au cours d’une consultation qui ne dure pas plus de 20 minutes. On peut dire qu’il suffit de 20 minutes pour 5 ans de sécurité. Un résultat positif au test de dépistage ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’un cancer, mais il nécessite des examens complémentaires, après lesquels le test positif peut être inversé. Elle peut aussi indiquer une lésion précancéreuse, qui ne nécessite qu’une surveillance régulière ou un traitement peu invasif avec guérison complète et élimination du risque de cancer.

– Comment se passe la vaccination contre le VPH au niveau national ? Il a été question de situations extrêmes : des doses de vaccin inutilisées au cours des années passées aux délais d’attente pouvant atteindre un an sur les listes de rendez-vous pour la vaccination dans certaines localités.

La vaccination contre le VPH est une reprise lente après la tentative d’introduction précédente. Il existe une demande croissante de vaccins, à laquelle nous nous efforçons de répondre de manière adéquate. Les doses non utilisées ne sont pas nécessairement le signe d’un manque d’intérêt pour la vaccination. Le régime de vaccination est de deux doses pour les filles jusqu’à 14 ans et de trois doses pour celles de plus de 15 ans. En général, pour les filles qui ont reçu leur premier vaccin à partir des stocks existants, les doses nécessaires sont mises de côté pour assurer le régime de vaccination complet. Il faut garder à l’esprit que jusqu’en 2019, le programme de vaccination contre le VPH n’était pas financé, c’est-à-dire qu’aucun vaccin n’était acheté, mais que les demandes de vaccination étaient recueillies dans les cabinets des collègues généralistes. Ainsi, en 2019, lorsque les premières doses de vaccin ont été achetées, elles ont honoré des demandes formulées deux à trois ans plus tôt.

– Qu’est-ce qui influence le nombre de doses de vaccin ?

Le nombre de doses de vaccin dépend, d’une part, du financement du programme, qui est en constante augmentation depuis 2019. D’autre part, sur la capacité du fabricant à répondre à la demande de vaccins. La pandémie a entraîné de nombreuses perturbations dans la vaccination contre le VPH. La capacité de production a été orientée vers les vaccins anti-COVID-19, le contrôle de la pandémie a nécessité des ressources financières importantes et a réduit le financement d’autres secteurs du système de santé dans le monde. En Roumanie, avec un système d’allocation des fonds très imprévisible et sensible aux crises, l’impact a été beaucoup plus sévère, la reprise est plus lente, nous nous efforçons tous de la rendre aussi durable que possible.

Tous pour le dépistage et le dépistage pour tous

– Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans la mise en œuvre/le fonctionnement des deux programmes ?

Les difficultés sont liées au système de santé fragmenté et non coordonné, aux ressources humaines de plus en plus rares et démotivées, aux infrastructures, aux équipements, à l’accessibilité des services de diagnostic et de traitement et maintenant, depuis deux ans, à la fragilité du système de santé qui a été gravement perturbé par la crise pandémique. Les programmes de prévention doivent s’inscrire dans un contexte socio-économique plus large qui les soutient. L’exemple le plus évident que je puisse donner est celui de la femme rurale qui a un résultat positif à un test de dépistage, mais dont l’état des routes ou des transports publics vers la ville où se trouvent les services spécialisés dont elle a besoin pour le diagnostic et le traitement est mauvais. Ou celle des femmes urbaines qui ont besoin de jours de congé pour prendre des rendez-vous et d’autres jours de congé pour les consultations. Ce sont des facteurs qui rendent difficile l’accès à des services indispensables et découragent la participation au dépistage.

– On dit qu’il est plus facile de prévenir que de traiter. Lorsqu’il s’agit du coût des programmes de prévention, comment cela fonctionne-t-il ?

Les programmes de prévention ne sont ni faciles à mettre en œuvre ni bon marché, en soi. Il est évident qu’elles sont bon marché par rapport aux coûts des soins de santé, mais elles nécessitent en elles-mêmes des ressources infrastructurelles et financières et un effort d’organisation, qui ne doivent pas entrer en concurrence avec les ressources nécessaires pour assurer les besoins actuels du système de santé. La prévention exige un effort continu considérable, dont les effets se font sentir pendant de nombreuses années et, bien qu’elle relève principalement du secteur de la santé, elle nécessite le soutien et la contribution de tous les autres secteurs pour faciliter un accès égal et équitable à ces services de santé essentiels.

Si vous avez apprécié cet article, nous vous invitons à rejoindre la communauté des lecteurs sur notre page Facebook en likant ci-dessous :

Read:  ÉTUDE : Un médicament expérimental a aidé environ un tiers d'un groupe de patients dont le cancer du poumon s'était propagé au cerveau.
Article précédentAleix Espargaró se prépare à un triomphe historique avec une autre superbe pole position.
Article suivantVázquez Montalbán est bien plus que le Barça